#11 – Paris-Shanghaï

Quatorzième ! Ils l’ont rêvée, ils l’ont eue leur place au top twenty des plus brillantes universités mondiales. Leur méthode ? C’est du béton.

Donnez aux mathématicien⋅ne⋅s Paris-sudien⋅ne⋅s un nouvel Institut des mathématiques au bord de l’Yvette à Orsay, et hop ! Les matheux⋅euses sont reconnu⋅e⋅s numéro un mondiaux⋅ales de la discipline. Déplacez les institutions d’enseignement supérieur et de recherche sur le « territoire d’excellence » qu’est le Plateau de Saclay (Paris-Saclay doit-on dire dorénavant) et hop ! Quatorzième.

Non pas que de toutes nouvelles expérimentations scientifiques aient soudain donné des résultats inattendus et brillants à la E=mc2. Dans les instituts récemment déménagés, on en est plutôt à vider les cartons, essuyer les plâtres, (tenter de) rebrancher les machines. Non, il s’agit ici d’un résultat bêtement arithmétique, bien plus simple que la formule d’Einstein. Un prix Nobel plus un autre font deux. Une médaille Fields plus une autre, pareil, ça fait deux. Et en regroupant encore, on peut faire trois, quatre, etc.

Faut dire qu’il n’a pas été aisé de réunir des éléments hétéroclites comme CentraleSupélec, l’université Paris-Sud ou l’ENS Cachan sous la bannière « Université » Paris-Saclay. Personne en réalité ne comprend vraiment ce qu’elle a d’université au vu de l’élitisme affiché. Une université se devant d’accueillir tou⋅te⋅s les bachelier⋅ère⋅s, cet aspect social agace la belle Paris-Saclay. On s’est donc appliqué à séparer le bon grain de l’ivraie. Ainsi, la « marque » Université Paris-Saclay sera réservée aux formations d’« excellence », comprendre à partir du Master, dont l’accès est payant pour les étudiant⋅e⋅s étranger⋅ère⋅s (et à terme, payant tout court ?). Et pour le tout-venant, la plèbe étudiante, l’École universitaire de premier cycle Paris-Saclay.

Pour en revenir aux classements, les maldisant⋅e⋅s maldisent qu’avec une Université Paris-Île-de-France, on aurait été dans les cinq premiers mondiaux. Qu’avec l’université Paris-France, regroupant tout l’enseignement sup et toute la recherche du pays, on aurait même été premier. Quel gâchis ! Un peu d’ambition et plus de béton pour le prochain quinquennat ? Paris-Shangaï, de toute façon, y’a qu’ça d’vrai.

À lire également :

  • #7 – Un lycée international pas pour les nazes
    Avec toutes ces grandes écoles et universités qui fleurissent sur le plateau, Palaiseau se devait d’avoir un lycée à la hauteur de ses nouvelles élites. Cela sera chose faite puisqu’un établissement s...
  • #7 – En saignement supérieur
    Créer un cluster sur le plateau de Saclay, pour booster la croissance, a été un des axes de la stratégie de M. Sarkozy en 2008, alors président. Un cluster est un regroupement d'établissements d'ensei...
  • #11 – Lettre ouverte à Élise
    Lundi 5 octobre 2020, 19h30, gymnase Roger Antoine à Palaiseau : une réunion d’information à destination des riverain⋅e⋅s des chantiers pour la construction de la ligne 18 était prévue. Avec d’autres,...
  • #11 – Nozay : À Nokia, les salarié⋅e⋅s contraint⋅e⋅s de « creuser leur propre tombe »
    Ça coupe sec à Nokia : plus de mille postes supprimés à Nozay (Essonne) et à Lannion (Côtes d’Armor). L’entreprise invoque la « réduction de ses activités »(1) alors que ses bénéfices g...
  • Un lycée pas pour les nazes
    À la rentrée 2021, un nouveau lycée international a ouvert ses portes à Palaiseau. Pourtant, au nom de l’excellence, ce lycée inutile au niveau démographique va renforcer les inégalités scolaires tout...
  • #11 – Des tablettes, en papier
    J’étais content, le 8 avril. Je recevais la Lettre du maire. Là, dans ma boîte, en plein confinement ! Ça m’a touché.Lire la suite...