Chronique de l’hosto : Samedi 28 mars 2020

« On se rend compte au fur et à mesure des manques. »

On touche du doigt la réalité de la casse du service public quand c’est vraiment l’urgence. Le service de réanimation de l’hôpital d’Orsay avait été fermé en 2018 pour rationalisation des moyens financiers au profit de l’hôpital de Longjumeau. Aujourd’hui, on le rouvre en catastrophe mais, dommage, on a perdu les moyens humains et techniques. Sur les 10 lits/respirateurs, il n’en reste plus que 4. Et le personnel formé aussi est parti. Il faut savoir que travailler dans un service de réa, c’est très technique. Ça demande une formation longue, ça s’improvise pas.

Et puis, y’a tous celles et ceux appelé⋅e⋅s en renfort tellement c’est tendu niveau personnel à l’hôpital public 2.0.

Les éléves-infirmières et aide-soignantes (2ème et 3ème années) recevront une formation rapide aux mesures d’hygiène et hop ! sur le terrain. On se dit que c’est un peu chaud comme début de carrière. Mais au-delà de la capacité de ces jeunes pros à gérer une situation tendue, ça pose des questions en terme de droit du travail. Quel encadrement et transmission du métier ? Une validation pédagogique, sous forme de stage par exemple est-elle prévue ? En tout cas, pour les détendre, Muriel Pénicaud, ministre du Travail, a annoncé que 18 millions d’euros seraient débloqués pour leur indemnisation. Ce qui ferait passer le solde à 1 400 euros pendant la crise contre 200 d’ordinaire et dans le meilleur des cas.

Naturellement, les externes et les internes sont sollicité⋅e⋅s. L’inquiétude réside principalement au sujet de leur temps de travail. D’ordinaire, ils font déjà environ 48 h/semaine et ça pourrait atteindre les 60 h. Seront-ils en mesure d’exercer dans de bonnes dispositions physiques et mentales ?

Oui, tout va bien car à l’hôpital d’Orsay une cellule psychologique a ouvert comme le préconisent les directives ministérielles. Par contre, pour voir la cellule d’aide, il faudra la solliciter, c’est pas automatique. Gestion du stress, difficultés à décrocher, se reposer, dormir. Plus grave encore, en raison du manque de matériel, certain⋅e⋅s soignant⋅e⋅s pourraient avoir à faire des choix entre deux personnes réanimables, en sauver une et laisser mourir l’autre.

En définitive, quel est le rôle de cette cellule ? C’est, nous lâche tristement une soignante, « nous apprendre à accepter l’inacceptable ».

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