Bidonville de Saclay, suite et (triste) fin

Le Platz vide d'habitants

Jeudi 7 avril, quelques citoyen·nes des environs sont allé·e·s soutenir les Rroms installé·e·s sur un terrain vague à l’abri des regards, rue de Villeras à Saclay. Les soutenir, parce que la décision avait été prise de les expulser ce matin-là. Le bidonville était déjà quasiment vide à 5h30 : la gendarmerie était passée à plusieurs reprises les jours précédents, prévenir les habitant·e·s du platz de l’imminence de l’expulsion.

La plupart de ces anciens nouveaux Saclaysien·nes connaissent la rengaine, pas de solution d’hébergement pérenne, pas envie de voir à nouveau les forces de l’ordre leur ordonner de quitter les lieux. Ainsi, plus besoin pour les gendarmes et la police de se montrer violents le jour J en expulsant manu militari. La violence a eu lieu avant, plus insidieuse et moins voyante.

Deux gendarmes sont arrivés en éclaireurs à 6h. Il fallait savoir s’il restait malgré tout des habitant·e·s. Une famille était encore présente. Peu à peu, d’autres personnes, plus des élu·e·s d’Orsay et de Palaiseau, ainsi que des renforts de gendarmes sont arrivés. Les forces de l’ordre ont demandé à tout le monde de sortir du terrain, puisqu’il s’agissait d’un terrain privé.

Témoins et police
La famille expulsée s’est mise au chaud dans la voiture des personnes venues en soutien. Cette famille avait été inscrite par l’association Coallia durant le diagnostic social pour être prise en charge. Mais à 8h, pas de nouvelles de Coallia, ni de la sous-préfecture… C’est alors que Michel Sénot, maire de Saclay, fait son entrée : pas d’inquiétude à avoir nous rassure-t-il, il va bien s’occuper d’eux en attendant.

Le problème, c’est que les Rroms ont de quoi se méfier ! Malgré les réconfortantes paroles paternalistes du maire, on n’oublie pas ses actes. On peut par exemple citer le fait qu’il avait demandé à la société des eaux de couper la deuxième borne incendie la plus proche du camp, la première étant déjà hors de service.

Bidonville de Saclay
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Mais comme le cynisme ne lui fait pas peur, il est venu, accompagné de deux de ses adjoints, avec des thermos et des petits gobelets « Ville de Saclay » pour payer sa tournée (aux mêmes à qui il avait coupé l’eau), histoire qu’on passe un bon moment : bah oui, pourquoi une expulsion serait pas conviviale après tout ?
Cet élan de solidarité caféiné n’a pas réussi à convaincre tout le monde, et deux citoyennes du collectif de soutien aux Rroms ont exigé de rester avec la famille. Iels ont poireauté à la mairie pendant des heures, puis Coallia a fini par trouver la solution : un hébergement à Soisy-sur-Seine ! Exotique, non ? Bon, pas très pratique pour y aller avec deux enfants et le sac d’affaires qu’iels avaient rassemblé au saut du lit. Et puis pas question que la mairie engage une voiture pour les y emmener.

Après plein de coups de fil (des citoyennes hein, pas de la mairie) pour trouver un hébergement plus proche, c’est Cédric Villani qui, bon prince, a cédé son local de permanence à Orsay, en attendant que la sous-préfecture de Palaiseau tienne sa promesse de trouver une solution d’hébergement plus proche que Soisy-sur-Seine. Attention, quand on parle de solution d’hébergement, on parle de cinq jours max, faut pas déconner.

Bref, beaucoup d’énergie et d’argent public dépensés pour précariser une population déjà fortement stigmatisée.

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