#7 – Société pas si ville que ça

Société civile

Avant tout, faut dire que ce terme désigne des réalités très différentes. Dans l’Antiquité, il a signifié « État » et au 19e siècle, « communauté politique ». L’Union Européenne, dans son livre blanc, le définit comme ce qui est distinct du politique : associations de citoyens, patronales et syndicales, Organisations Non Gouvernementales, etc. C’est un fourre-tout, ça va de l’asso de quartier aux think tanks. Aux dernières présidentielles, c’est en ce (non)sens qu’il nous a été rabâché. Par exemple, Amélie de Montchalin est issue de la société civile. Ben quoi, elle avait jamais fait de politique que je sache, elle n’a QUE occupé des postes importants dans la finance ! Elle n’a QUE donné dans les groupes d’influence et le big business. Rehaussée à la sauce Macron, la société civile pue le conflit d’intérêt.

Et puis y’a les think tanks, texto « réservoirs à idées », qui se réclament de la société civile, s’organisent en associations et diffusent leurs réflexions sur les enjeux de l’époque. On leur reproche souvent leur manque d’indépendance, d’étouffer le débat public ou de partir de conclusions puis de les justifier par des recherches. Sur Saclay, c’est le think tank OuiShare qui pense pour les habitants. Cette « ONG », invitée au titre de la société civile, participe au lancement du programme #MoveInSaclay sur la question des mobilités. Hors-sol, rémunérée pour cette prestation, de prime abord ça inspire pas la confiance cette société civile-là. On y reviendra sûrement dans un autre numéro.

Revenons plutôt aux vrai⋅e⋅s engagé⋅e⋅s. Affirmons que la société civile c’est l’ensemble des mouvements à but non lucratif qui luttent pour défendre l’intérêt général. En gros, celles et ceux qui s’auto-organisent, hors de tout cadre institutionnel ou commercial, autour d’enjeux locaux, nationaux ou mondiaux. L’ONU considère que cette société civile-là est un partenaire fiable(1).

Autour du plateau de Saclay, après ce que vous avez lu dans c’sacré dossier, vous vous imaginez bien qu’y a du taf. En réaction, des initiatives citoyennes dynamiques ont vu le jour autour de cette notion de bien commun : préservation de notre biotope* (à nous, les Humains), défense de la vocation agricole du plateau, des services publics. Récemment, plusieurs ont fait le choix de se regrouper en collectif pour plus de visibilité et de force. Car de la force il en faut pour affronter Goliath. Impossible de citer toutes les énergies mais saluons tout de même le Comité de défense des Hôpitaux du Nord Essonne ; Aggl’Eau CPS qui se mobilise pour une régie publique de l’eau ; les collectifs OIN Saclay (COLOS), Urgence-Saclay et Saclay Citoyen qui regroupent plus de cent associations et couvrent tout le territoire de l’OIN (Opération d’Intérêt National). Des actions sont menées sur divers fronts : juridique, lobbying et information du grand public. Très actifs auprès des politiques, ils ont réussi à imposer la voix des habitants à la réflexion sur le devenir du territoire. Les sujets abordés sont variés : environnement, transports publics, infrastructures routières, etc. La ZPNAF n’existerait sûrement pas sans l’acharnement de leurs membres. Big up à vous, les vrai⋅e⋅s. On pourrait citer d’autres initiatives, comme Terres Fertiles. Des gens se sont battus pour préserver la vocation agricole d’environ 20 ha et maintenir l’activité d’un agriculteur. En 2005, ils ont mis la main à la poche, ont créé une Société Civile Immobilière et se chargent de sa gestion. Les AMAP travaillent à la pérennisation d’une agriculture périurbaine nourricière et contribuent à cet élan de la société civile.

Dans le contexte actuel, l’opacité, le flou et le saucissonnage des projets d’investissement public (ou privé ou public/privé) sont un sport national. La vraie société civile joue le rôle de scrutateur au niveau territorial et législatif. Ses membres sont des lanceurs d’alerte qui font la nique à la désinformation. Relayer une information fiable contre l’intox, c’est le nerf de la guerre au 21e siècle. De par sa compétence et sa détermination, la vraie société civile est source d’expertise et force de proposition. En bref, la vraie société civile apparaît comme l’ultime possibilité pour les simples citoyens de faire entendre leurs opinions, participer et agir face à l’amateurisme* des politiques pour ce qui est de privilégier le bien commun face aux intérêts privés. Pourtant, malgré sa vitalité, la vraie société civile est court-circuitée. Nos élus de proximité préfèrent la côtoyer sous les atours de think tanks qui les abreuvent du discours qu’ils ont payé pour entendre (avec ton pèze). La différence, c’est la légitimité. Point de fracture entre vraie et fausse société civile. On ne nous aura pas !

S.B.

* Biotope : milieu écologique au top.
Faux amis : Biocoop, Robocop
* Amateurisme : bénéfice du doute pour un probable j’m’en foutisme.
Synonyme : à-peu-prisme

(1) http://www.un.org/fr/sections/resources-different-audiences