#8 – Bulletin géopolitique comparatif de la répression des lieux de fêtes

Ailleurs, dans le département, à Saint-Michel/Orge, avec une bagnole et du gasoil quand on habite Zopal et environs, on peut encore aller s’enjailler(1) au bar-restaurant le Gambrinus. C’est sympa, surtout le jeudi pour ses soirées musicales réputées pour la programmation dans tout le 91. Le lieu accueille des groupes locaux émergents ou plus confirmés. Au fil du temps (14 ans maintenant), le Gambrinus est un peu devenu une des références locales de la scène musiques actuelles. C’est vrai aussi bien au niveau des artistes que du public.

Pourtant le gérant a lui aussi quelques inquiétudes à se faire, d’abord en raison d’un conflit avec une voisine qui se plaint du bruit. L’histoire est ancienne et divers travaux d’insonorisation ont été engagés, mesures de décibels effectuées et le dialogue amorcé. Sans que cela n’apaise la voisine. Dernièrement, les policiers se sont déplacés 10 jeudis de suite sur ses plaintes et n’ont rien constaté de problématique. Contrairement au Sham’ de Palaiseau, le Gambrinus de Saint-Michel peut tout de même compter sur le soutien de la municipalité qui salue l’existence de ce lieu et son impact sur la vie économique et culturelle locale. Selon le gérant, la municipalité le soutient dans la médiation et n’a jamais menacé de fermeture ou d’interdiction de concerts.

Autre source de difficulté, les fermetures administratives. La veille de la descente au Sham’, un jeudi soir, le Gambrinus a lui aussi reçu la visite, bien que plus « cordiale », d’une dizaine d’agents des services préfectoraux dont la moitié seulement en uniforme. Si, si. Le mandat de perquisition portait sur le travail dissimulé, l’hygiène, la santé au travail et la sécurité (incendie et auditive).

Le risque ? La fermeture administrative, cauchemar financier des tenanciers de bar et restos car les salaires doivent continuer à être versés pendant cette durée. Heureusement, tout s’est bien passé pour le gérant du Gambrinus qui reste tout de même secoué par l’expérience, note un durcissement de la préfecture et parle de répression, criminalisation des lieux ouverts la nuit.

Même son de cloche à Paris où les fermetures administratives ont augmenté de 17 %(2), à Londres où 35 % des établissements de nuit ont fermé en 10 ans pour nuisances sonores. En Angleterre, cela a provoqué le ras-le-bol des professionnels du secteur. Ils ont été à moitié entendus. Une loi, l’ « Agent of change » protège en partie ces établissements en vertu de leur rôle « vital dans nos communautés. [Ils] rapprochent les gens, contribuent à l’économie locale et soutiennent la culture musicale locale » selon Sajid Javid, secrétaire d’Etat au logement(3).

Dorénavant, ce sera aux promoteurs de constructions qui s’installent à proximité de ces lieux de prévoir une isolation phonique suffisante sous peine de se voir refuser le permis de construire. Autrement dit, il ne sera plus possible de porter plainte pour nuisances sonores contre un établissement déjà installé. Berlin investit pour pacifier les relations entre fêtards et riverains. Ici, comme le dit Laurent Besson, gérant du Gambrinus, « une seule personne peut mettre en péril un projet artistique pointu ».

Sabrina Belbachir

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