#3 : La mairie de Palaiseau : plus Charlot que Charlie

Les haletantes poursuites d’Anastasie

À l’échelle nationale voire internationale, il est facile de penser à des cas de pression, de censure, ou d’intimidation. Dans le monde entier, des artistes sont réduits au silence, des journalistes sont assassinés, des opposants politiques sont emprisonnés. Ils subissent et ressentent continuellement les menaces des élites économiques et politiques de leurs pays. Loin de nous l’idée que cela puisse arriver à un niveau aussi local que celui de Palaiseau, ville de banlieue paisible de l’Essonne. Les menaces, censures, pressions, c’est pour les autres, les gens qui font vraiment trembler le pouvoir, pas pour nous. Et pourtant.

En juin de cette année, nous sortions le premier numéro du Petit ZPL. Celui-ci parlait d’un lieu qui tient à cœur à de nombreux habitants de Palaiseau : Le Ferry, une ancienne école réaménagée en friche culturelle, sous la direction de l’ancienne municipalité de la ville (#1 : Comment faire mourir un lieu culturel ?). Ce premier numéro visant à rappeler l’histoire du Ferry, concordait avec la fin des résidences des artistes qui y étaient conventionnés. Certaines réactions furent, pour le moins, inattendues…

Montrer les dents pour museler

Jusqu’à la sortie du journal, les artistes du Ferry ne savaient pas s’ils seraient renouvelés.

Certains avaient obtenu un accord oral avec la mairie, qui leur promettait une reconduction (notre imprimeur de l’époque le Shlag Lab notamment). Lors d’une réunion avec les résidents, un cadre de la mairie demanda clairement « quels artistes avaient un rapport avec le journal », en expliquant que cela jouerait sur leur renouvellement. Cette personne ajouta que les artistes « n’avaient pas à faire de la politique », puisqu’ils se trouvaient sur un lieu municipal, précisant que cela était écrit dans leurs conventions. Ce qui est faux : les artistes ne sont pas soumis au devoir de réserve.

Le but de cette manœuvre n’était pas d’informer les résidents de leurs droits et devoirs, mais bien d’essayer de les museler. Aucun artiste impliqué dans la conception du journal ne fut finalement reconduit.

Jambe casséeQuelques jours plus tard, cette personne revint à la charge contre le journal. En réaction à l’article publié dans le numéro sur Le Ferry, elle me menaça, de par mon statut de directeur de la publication du Petit ZPL, de me « faire casser les jambes par des mecs de la Grande Borne de Grigny » si elle ou son équipe étaient cités dans le journal – ajoutant qu’elle avait trouvé mon adresse domiciliaire sur internet. Pour être précis, ces menaces ne me furent pas proférées directement : des amis qu’elle était allée voir me les rapportèrent. Elle leur avait bien précisé de me faire parvenir ses paroles.

Je ne pouvais pas laisser ces propos sans explications. Je suis donc allé la voir. Elle se justifia, disant que c’était « par peur » qu’elle m’avait menacé. Par peur de quoi, de qui ? On peut supposer que la parution d’un journal critique envers la politique sociale et culturelle de la ville porte préjudice à son emploi, et donc, qu’elle subisse elle-même des pressions de sa hiérarchie (voir organigramme dans l’article #3 : L’auto-intimidation et l’intimidation invisible). Cela ne justifie pourtant en rien ces menaces.

Afin de faire connaître notre canard local, nous avons pris l’initiative de l’apporter aux principaux relais de presse et littérature de Palaiseau : le kiosque récemment ouvert Place de la Victoire, la médiathèque, ainsi que d’autres établissements. Nous sommes tout à fait en droit de le faire, puisque comme n’importe quel journal, nous pouvons légalement nous arranger avec les gérants de ces magasins pour la diffusion. C’est à eux de choisir s’ils souhaitent le distribuer ou non. Là encore, les obstacles ne se firent pas attendre. Les Petit ZPL ne prirent leurs quartiers au nouveau kiosque que pour quelques jours : par deux fois, des « gens de la mairie » y étaient passés afin de dissuader le kiosquier de les disposer sur son présentoir.

Les déboires décousus d'Anastasie

Un autre commerçant a également subi des pressions, et dut bien vite se séparer de nos journaux. À noter que ces deux structures sont locataires des lieux, le propriétaire étant… la mairie. Quant à la médiathèque, un employé ne pouvait tout simplement pas prendre nos journaux puisque cela les mettrait dans une situation délicate avec la municipalité…

Ni lieu ni maire

Quoi qu’en dise la municipalité, ces exemples de pressions, intimidations et menaces sont des tentatives de censure par rapport au travail que nous faisons avec Le Petit ZPL. Il en existe d’autres : certaines sont abordées dans les pages de ce numéro, d’autres ne peuvent être mentionnées pour diverses raisons, principalement pour ne pas porter préjudice à ceux qui nous aident dans la rédaction, la fabrication et la diffusion du journal.

Le Petit ZPL : CensuréSommes-nous si dérangeants que ça ? La mairie ne peut-elle pas supporter un peu d’opposition à ses décisions politiques et culturelles ? Les sujets que nous abordons sont-ils trop subversifs ? Nous ne cherchons pas à critiquer sans but, nous souhaitons faire réagir les Palaisiens sur des sujets qui nous touchent, mais dont ils peuvent difficilement entendre parler : trop locaux pour la presse nationale, trop contrariants pour la presse municipale, le Palaiseau Mag. Nous diffusons ces informations dans une intention sincère d’informer les habitants sur ce qu’il se passe dans leur ville. Et malgré les menaces, les intimidations et les pressions, nous ferons tout pour que Le Petit ZPL perdure.

Par Raphaël Godechot

* Anastasie : allégorie de la censure dans la presse

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