Détox sur la taxe
La question est cruciale pour une municipalité. En effet, la ressource principale des communes ne provient pas des dotations de l’État mais de l’impôt, via la taxe foncière (particuliers et entreprises). À Palaiseau, l’impôt représente 64 % du budget(1) et la taxe foncière augmente à une vitesse vertigineuse. En 10 ans, elle a bondi de 60 %. C’est dans ce contexte que M. de Lasteyrie s’engage, depuis 2014, à ne pas augmenter l’impôt foncier, sa première règle d’or.
Dans le Pal’mag d’octobre 2025, l’impôt local était décortiqué : la part prélevée par la commune et celle par l’État. Le magazine tentait de démontrer que si l’impôt local augmentait, c’était la faute de l’État, pas de la commune dont la part restait stable depuis 10 ans. Un défi selon l’édile, de nombreuses villes ayant augmenté la leur. Il n’est pas dit, qu’à la fin, la commune perçoit la totalité de l’impôt, moins la pacotille que prend l’État en frais de traitement. Ni que, notez bien, M. de Lasteyrie est, en même temps, membre du Comité directeur de l’AMF, l’Association des Maires de France.
Or, en 2022, au moment de réévaluer la part de l’État dans l’impôt local, des députés centristes font passer un amendement en Commission des finances. Il s’agit de plafonner la hausse de la taxe foncière à 3,5 % quand le gouvernementsouhaitait l’aligner sur l’inflation, soit 7 %(2).
L’AMF avait alors vivement protesté contre l’amendement. Après son rejet au Parlement, l’asso s’était félicitée « d’avancées ». prenant « acte de l’adoption de plusieurs mesures qu’elle avait portées »(3). Parmi elles, les 7 % d’augmentation de la part de l’État.
Ainsi, face aux administré⋅e⋅s, Lasteyrie peut clamer qu’il n’augmente pas l’impôt local, assurant « respecter votre pouvoir d’achat »(4). Mais, avec l’AMF, il conteste l’amendement qui aurait permis de réduire la charge fiscale des habitant⋅e⋅s. En 2023, les finances de la ville se refont donc une bien bonne santé.
De plus, ce « dynamisme des recettes fiscales » s’accompagne du dynamisme des recettes des service(5). Cette hausse des recettes propres de la ville s’explique par l’augmentation de la population, mais pas seulement. Elle est également imputable à la hausse des tarifs des services municipaux et au choix d’un quotient familial peu favorable aux petits revenus (voir encart).
Moralité, règle d’or, number one, en même temps tu augmentes pas la part municipale, et surtout tu communiques beaucoup, et en même temps tu milites pour que l’État augmente la sienne et puis tu tarifies cher les prestations municipales. Ni vu ni connu.
Quelle grosse prise de dette
Si l’on en croit la municipalité, une dette héritée des mandats précédents handicaperait lourdement la ville. Palaiseau se serait significativement désendettée, les finances assainies grâce à la gestion extraordinairement efficaces de la majorité. C’est la deuxième règle d’or.
D’abord, entre 2023 et 2024, « l’évolution à la baisse du taux moyen de la Ville de Palaiseau s’effectue au même rythme que celui des villes de la strate », selon le bilan financier officiel(8). Il s’agit donc d’une conjoncture nationale, observable partout sans lien avec l’équipe en charge des affaires.
De fait, la dette stagne. En dix ans, la ville n’a remboursé que 3 millions, la ramenant à 30 en 2024(6). Il serait plus raisonnable de qualifier la situation dedésendettement faible que d’« amélioration significative »(7). La municipalité précédente avait fait bien mieux, malgré les affirmations de GDL : sur les deux mandats de M. Lamy, la dette avait baissé de 12 millions(8). Cela s’était fait au détriment de l’entretien du patrimoine (bâtiment de la mairie, écoles, gymnases, piscine, etc.), comme aime à le rappeler le maire sortant.
Autre aubaine, une partie de la dette est transférée à la Communauté Paris-Saclay (CPS). Ce report de la dette vers l’agglomération s’opère par le fait que certains investissements ne sont plus portés par les villes. C’est le cas du financement du conservatoire de Palaiseau ou des travaux de la médiathèque du centre-ville.
Et là encore, ça augmente sec. Depuis 2016, la dette par habitant de l’agglomération Paris-Saclay a été multipliée par quatre(9).
Lasteyrie, bien loti : ça roule à fond la caisse
On l’a vu, le « dynamisme » de l’impôt et la vente de services rapportent chaque année de plus en plus. Le rapport de la Cour des comptes nous apprend que ces recettes « ont augmenté de 19,1 % de 2019 à 2023 » en raison également « de l’évolution favorable des ressources institutionnelles en 2023 après une baisse continue depuis 2019 »(10).
Ainsi, les subventions accordées par les divers partenaires de la ville, dont les subventions de l’État sur projets, sont en hausse, de 8 % en 2024. De plus, le poids de la fameuse baisse des dotations de l’État est assez négligeable(11) et la dette pèse peu. Du coup, l’excédent a explosé(12). Cette situation est particulièrement due aux recettes exceptionnelles de 2023. Même en prenant en compte l’inflation, les caisses de la ville sont de plus en plus remplies.
Cette capacité d’investissement « historique de 12 M€ » vantée par GDL n’est pas tant la preuve de « dix années de bonne gestion »(13) mais bien le résultat d’une conjoncture favorable. Ce que confirme la Cour des comptes : « La situation financière, qui apparaît structurellement fragile pour les exercices 2019 à 2022, connaît une amélioration en 2023 sous l’effet de recettes ponctuelles ».
Les poches pleines ? On en fait quoi ?
Eh ben, on applique la règle d’or n°3. On promet d’« investir massivement ».
Afin de se (re)faire une idée précise des priorités et « projets emblématiques » de la majorité sortante, on a trié les investissements par catégorie et on s’est amusé à faire des petites comparaisons. Dans nos calculs, le montant alloué à la rénovation des écoles (2 M€/an) a été mis de côté. Cet investissement ne relève, en effet, pas tant d’un choix politique mais de la nécessité, au vu de l’état du bâti. Notons quand même que sur le dernier mandat, seule l’école Joliot-Curie a réellement été rénovée. Et, qu’en 2017, le maire a fait fermer la maternelle Bara(14).
Arrivent en tête du palmarès, ex-æquo, la piétonisation du centre-ville et la ferme maraîchère (2 M€ TTC chacun en 2025). Puis la vidéosurveillance. Les parents pauvres ? La plantation d’arbres (37 K€) et l’égalité femmes/hommes, loin derrière avec seulement 4 K€ au compteur, ou le zéro pointé pour le plan vélo(15).
La piétonisation aura, à elle seule, coûté autant que la Maison de santé et la végétalisation des cours d’école. Les crèches privées ont reçu plus que les services publics municipaux pour la jeunesse (Palaiseau Plage inclus), le sport et la saison culturelle réunis. On a plutôt investi dans le passage de la flamme olympique et les JO que dans le sport (subventions et équipements). La com’ municipale aura coûté beaucoup plus que le total alloué aux passeport culturel, la jeunesse et Palaiseau Plage.
De la bonne gestion aux Grands Projets Inutiles et Imposés
Après, on a trié en deux catégories, les bons et les mauvais investissements à partir de critères comme l’intérêt général, la dimension écologique, la vertu redistributive. Dans les projets « en faveur des services publics et de votre qualité de vie », on a : santé, végétalisation des cours d’école, culture, sport, autonomie énergétique, Palaiseau Plage, jeunesse, plantation d’arbres, égalité F/H (dans l’ordre décroissant du montant dédié).
La ville aura investi un total d’environ 1,6 M€. En ajoutant la rénovation de l’école Joliot-Curie on arrive à 5,4 M€.
Pour classer les autres projets, on s’est inspiré du vocabulaire écolo. On a identifié des Grands projets inutiles et imposés et les Grands projets nuisibles (à savoir coûteux économiquement, douteux écologiquement et socialement). Dans l’inutile et imposé, on trouvera, dans l’ordre décroissant, la piétonisation du centre-ville et sa ferme maraîchère, les JO et la com’ municipale. Pour les nuisibles, ce sera la vidéosurveillance, les services privatisés : crèches et parkings. Soit un total de 3,9 €¢ pour les deux catégories(16).
Une vérité budgétaire bien verrouillée
Lettres du maire, dépliants et brochures, numéros spéciaux et articles du Palaiseau Mag’ ont inondé nos boîtes à lettres. Et le constat contredit le mantra lasteyrien. Concours de circonstances favorables et inédites depuis au moins 1989 pour les recettes municipales(17), remboursement de la dette en berne, investissement conséquent dans des projets bling-bling, services en direction de la population, notamment les plus pauvres et les plus précaires, portés pâles.
Peut-on raisonnablement parler de bonne gestion quand celle-ci pèse sur les moins fortuné⋅e⋅s, en terme d’accès aux services publics (qualité et progressivité des tarifs) et que la communication de Lasteyrie met à son crédit des résultats qui ne lui sont pas tout à fait dus ?
Sabrina Belbachir
- (1) Selon M.Paillet, Conseil municipal du 30/06/2025, p.15.
- (2) Journal de l’économie (JDE), « Taxes foncières. Des députés veulent plafonner l’augmentation », oct.2022. Il s’agit de l’amendement de Courson.
- (3) Communiqué de presse de l’AMF, 22/10/2022.
- (4) Lettre du maire, mai 2024.
- (5) Par vente de services, on entend vente de services à la population comme la cantine, la crèche, le péri-scolaire, le portage de repas, etc.
- (6) Elle était de 33 M€ en 2014.
- (7) Lettre du maire, mai 2024.
- (8) En 2000, la dette était de 44,703 M€ et de 33,293 en 2014.
- (9) Ces chiffres ne sont pas disponibles sur le site de l’agglo ! Pour les trouver, rendez-vous sur le site impots.gouv.fr / compte individuel des collectivités / fiche détaillée. On peut remonter à 2016 seulement.
- (10) Rapport de la Cour des comptes, 2024.
- (11) De l’ordre de 1 % entre 2023 et 2024.
- (12) Au total, en 2025, c’est plus 2,3 M€ au budget municipal.
- (13) Lettre du maire, avril 2025.
- (14) Voir Le Petit ZPL #4.
- (15) Les seules thunes du plan vélo (31,5 K€) proviennent de l’ADEME.
- (16) Pour la vidéosurveillance, les chiffres avancés varient. Le groupe minoritaire PEPS annonce 2,7 M€ depuis 2017 et l’Observatoire des Citoyens ce serait entre 10 et 12 M€ sur les deux mandats.
- (17) La gazette des communes, 11/01/2023.
# Le quotient familial, outil d’injustice sociale
À la base, le quotient familial est un outil de justice fiscale, utilisé pour modérer le montant des impôts, prestations sociales et tarifs des services municipaux. L’idée est que chacun paye selon ses moyens pour le même service. Ça c’est la théorie. Pour les tarifs des services, le mode de calcul du quotient familial est voté en Conseil municipal et reflète souvent l’orientation politique des communes. À Palaiseau, il est calculé en fonction d’une formule quand d’autres villes comme Paris disposent d’un barème.
Le résultat de ce calcul permet d’indiquer aux familles le prix qu’elles devront payer pour la cantine ou le centre de loisir par exemple. À Palaiseau, il y a plusieurs tranches et un tarif minimum pour les ménages dont le revenu mensuel est égal ou inférieur à 315 € . Le tarif max est quant à lui appliqué à partir d’un revenu mensuel très bas. Dès 1210 €/mois, les familles payent le prix le plus élevé. Ce calcul a pour effet de faire payer le tarif max à presque tous les usagers. Idéologiquement, ça voudrait dire qu’un ménage avec ce revenu mensuel se situerait dans la catégorie de l’extrême richesse.
Si on compare Palaiseau à Paris, l’écart est saisissant. Avec le max de Palaiseau, on se situe à Paris dans la tranche « revenus modestes », cinquième tranche sur dix. Et le tarif max (plus bas que celui de Palaiseau), est appliqué à partir de 5000 € de revenus mensuels. Plus près de nous, à Orsay, la tranche la plus haute se situe à partir de 2000 €/mois.
Enfin, ajoutons qu’à Palaiseau, le tarif mini d’un repas est de moins de 2 € et de 0,13 € à Paris et d’environ 1 € à Orsay. Quant au tarif max, il était de 8,23 €. Ce n’est que six mois avant les élections que le maire l’a ramené à 7,20 €. Quand on vous dit que c’est un levier politique !




